grand-pere-kazel-pignouf-portfolio

Retrouvailles

DEU

Il porte une chemise bleue claire comme les bouts de ciel breton à travers les nuages.CHAT
Les gros nuages en mousse à raser, bas et lourds.
Gonflés aux hormones (ou au Salidou?), leurs excroissances vaporeuses en font d’excellents vigiles, immobiles derrière leur crash barrière d’horizon, empêchant la mer de se répandre dans le ciel.
Leur cul est carrément grisouille, reflet de ceux des gamins en vacances qui jouent tout leur saoul sur la grève.
Pas très sérieux pour des agents de sécu. Ca donne envie de leur enfiler un petit slip à fleurs ou à rayure qui fronce à la taille.

Son teint est halé, accentué par la couleur azur un peu délavée du polo.
Mais surtout à force de bains de soleil dans la véranda, sur le pas de la porte.
Avant sur sa chaise longue, aujourd’hui sur son bolide à roulettes. Engoncé au fond du fauteuil mais le nez en l’air.
Le sommeil qui affaisse ses traits vers le coussin lui fait une petite bouche de cochon d’inde.
Son air mutin s’est assoupi sous ses narines, près à sauter sur ses pattes à la moindre bêtise qui tomberait au creux de SA mirette.
C’est d’abord un clown. Puis un Grand Homme.
Il est tout enrobé d’une ganache de pitreries.

Ensemble, ce qu’on préférait faire, c’était les quatre cent coups. J’ai un peu perdu mon acolyte, il ne tient plus bien sur ses cannes. Quand je rentre de balade je lui raconte, où me mènent les chemins que nous arpentions ensemble, jadis. Si ça va dehors et si c’est toujours grandiose.
C’est toujours grandiose!
Je dis qu’il y a du monde qui se promène, du vent dans leur jupons, mais du soleil intermittent.
Cette année, ils ne seront pas bien foncés les parigos en rentrant à la grande ville.
Même si la plupart triche avec de l’auto bronzant.
C’est la mode en ville, de tricher.

Jaime bien le regarder dormir. L’entendre dire « ma petite fille » quand on papote. C’est un des titres que je préfère porter. Je me sens grande et toute petite, vaste. On vient tous d’une enfance. On ne veut pas l’oublier. Il n’a jamais rien oublié.
Au milieu de ses histoires qu’il répète en boucle depuis que je suis haute comme trois haricots, y’en a toujours une petite nouvelle, jamais entendu. Ça cause de la guerre, des copains beaucoup , du boulot fièrement, d’amour, très timidement. Il saupoudre toujours ses paroles d’une note d’esprit, et termine à la rigolade.
« Ah les haricots, c’est un légume populaireuuu, ah les haricots, c’est l’régal de la colo! »♪
Parfois, il pousse la chansonnette.

Depuis qu’il a tapé de la maison de rééduc, il dit « j’ai mal à l’âme ».
Un grand esprit coincé dans un corps de géant en sursis.
Ses épaules piquent du nez, certains jours plus que d’autres.
Il ne tiendra plus jamais sur ses guiboles sans ce fichu machin en ferraille qui fait un « toc toc » caoutchouteux sur le carrelage.
C’est un bruit rigolo seulement si les copains peuvent faire des dessins à la con et écrire des petits mots sur ton plâtre.
Insupportable quand il est définitif.
Jamais plus accroupi des heures dans le jardin qui lui a bousillé les genoux à force de prière devant ses rangées de patates.
« oui, enfin l’essentiel, c’est d’avoir un plumard.  »
Feu sa silhouette, jamais son sourire.

Ce que je préfère, ce sont les toutes petites grenailles qu’on fait sauter dans la poêle avec la peau.

sourire_tete_kazel_blog

 

kazel_blog_accueil_journal

Accueil Journal

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *